3 questions à… (ou En aparté)

Julien Gosselin

Relier la fin du monde à celle de la fin du théâtre : telle est l’ambition de Julien Gosselin dans son nouveau spectacle, Le passé. Quelles sont ses inspirations ? Quelle est la genèse de cette pièce ? A quoi ressemble la mise en scène ? Réponses…  

 

Comment ce spectacle est-il né ?
Je tenais à bousculer les notions de classicisme et de patrimoine, et plus particulièrement l’académisme théâtral.Pourquoi monte-t-on encore de vieux textes ? Souvent, les metteurs en scène répondent qu’ils continuent à parler d’aujourd’hui. Dans ce cas pourquoi ne pas s’intéresser aux écrits contemporains ? Je me suis ici rendu compte qu’il y a aussi un besoin humain de retrouver des choses disparues, des gens qui n’existent plus, de parler avec les morts… Une forme de nostalgie habite chacun de nous. En parallèle persiste l’idée très tenace chez moi qu’un certain théâtre semble en voie d’extinction, comme l’humanité elle-même. Dans ce spectacle, je voulais donc relier la fin du monde et celle, potentielle, de cet art millénaire. 

Comment avez-vous nourri cette réflexion ?
Je me suis d’abord tourné vers des auteurs russes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle comme Tchekhov ou Gorki, qui ont beaucoup écrit sur des sociétés en train de mourir. Le traducteur d’André Markowicz m’a alors dirigé vers Leonid Andreïev, que je ne connaissais pas. La lecture de ses textes fut un énorme choc, j’avais l’impression qu’il écrivait aujourd’hui. Il est comme un frère littéraire. 

Qui est cet auteur ?
Il fut très populaire au début du XXe siècle en Russie, mais tout le monde a oublié cet auteur. Ses textes sont assez radicaux, ils évoquent la sexualité, le désir, la mort ou la religion. Son œuvre forme une galaxie très hétérogène, embrassant un théâtre relativement classique, des pièces symbolistes, en passant par des textes rappelant Nietzsche, Gorki avec des personnages confrontés à de grandes crises existentielles, des situations sociales brutales.

Comment l’adaptez-vous  ?
Je travaille sur plusieurs pièces comme La PenséeRequiem ou Ekaterina Ivanovna, soit l’histoire d’une femme accusée d’avoir trompéson mari. Tout en gagnant progressivement sa liberté, elle sera accusée de débauche par le patriarcat. J’adapte également des nouvelles, dont La Résurrection des morts, une divagation sur le cosmisme : un courant de pensée russe de la fin du XIXe siècle défendant l’idée que les humains doivent quitter la Terre pour qu’elle soit à nouveau habitée… Un thème très contemporain.

Que verra-t-on sur scène ?
Je suis assez connu pour mêler le jeu, le film et la musique. Je poursuis dans cette voie mais j’avais aussi envie d’affronter un certain classicisme car la pièce engage une réflexion sur la fin d’un type de théâtre. Il y aura donc un décor avec des toiles peintes, une fosse d’orchestre avec des musiciens, de vrais costumes, de belles robes, des fausses moustaches, un grand rideau…Ce spectacle emmené par  une équipe de huit interprètes dure environ quatre heures.  

Vous évoquez aussi Solaris de Tarkovski…
Oui, c’est une référence invisible, l’idée qu’en habitant un autre système solaire, on voit revivre les gens qu’on a aimé et perdu. C’est le sujet de cette pièce.

Propos recueillis par Let’s Motiv

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